L'origine des explosions est un entrepôt où étaient stockés, selon des médias, des centaines de tonnes de produits chimiques dangereux.

Les origines de la catastrophe de Tianjin restent officiellement indéterminées. Mais les habitants de la grande cité portuaire s'inquiètent vendredi 14 août. De quoi ? De possibles rejets toxiques.

La série de gigantesques déflagrations survenues dans la nuit de mercredi à jeudi dans une zone portuaire de Tianjin, à 140 km de Pékin, a fait au moins 50 morts et plus de 700 blessés, selon le bilan officiel. L'origine des explosions est un entrepôt où étaient stockés, selon des médias, des centaines de tonnes de produits chimiques dangereux.

"L'Obs" fait le point.

# A qui appartient l'entrepôt ?

L'entreprise Ruihai Logistics est propriétaire de l'entrepôt où s'est déclaré, selon la police locale, l'incendie à l'origine de l'accident. Fondée en 2011, L'entreprise emploie environ 70 personnes,explique "20 Minutes"

Ruihai Logistics est spécialisée dans le stockage et le transport de produits chimiques dangereux. Elle assure le transit d'un million de tonnes de marchandises, qui arrivent par bateau, par route ou par fret. Son chiffre d'affaires annuel avoisine les 30 millions de yuans, soit 4,2 millions d'euros.

Ruihai Logistics est une entreprise un peu particulière. Le site américain Quartz rappelle qu'elle avait été épinglé en 2013 pour ne pas avoir correctement scellé des conteneurs sur son site de stockage de Tianjin. "Sur les 4 235 conteneurs qui ont été contrôlés, cinq ne répondaient pas aux exigences des inspecteurs", déclarait alors l'administration chargée de la sécurité maritime à Tianjin, citée par l'agence Reuters.

Les autorités chinoises s'intéressent en tout cas de près à cette société. Selon les médias chinois, un de ses dirigeants aurait été entendu dans la nuit. Le site web de l'entreprise n'est plus en ligne depuis ce jeudi.  

# Quels produits étaient entreposés dans les entrepôts ?

Selon les médias chinois, l'incendie se serait déclaré dans les conteneursRuihai Logistics. Mais les responsables municipaux de la ville ont assuré vendredi, dans une conférence de presse, qu'ils ignoraient quels produits spécifiques se trouvaient dans l'entrepôt et avaient provoqué les déflagrations.

Les autorités chinoises s'activent et ne prennent aucun risque. Une équipe de 217 militaires spécialistes des armes nucléaires, bactériologiques et chimiques a entamé jeudi des opérations de nettoyage sur place, a de son côté annoncé l'agence étatique Chine Nouvelle.

La presse chinoise a toutefois listé les matières dangereuses qui passent par les entrepôts de Ruihai, rapporte "L'Express". Dans le détail, ça donne :

  • de l'argon et autres gaz comprimés,
  • du butanone et acétate d'éthyle, des solvants,
  • du soufre,
  • du nitrate de cellulose,
  • du carbure de calcium, qui est explosifs,
  • du nitrate de potassium et de sodium,
  • de l'acide formique... 

Vendredi matin, on voyait peu d'activité aux abords immédiats du lieu des explosions, dans un paysage industriel dévasté où des panaches de fumée s'élevaient encore par endroits.

Barrant l'accès au site, certains policiers n'étaient vêtus d'aucune tenue protectrice, tandis que d'autres avaient enfilé des masques à gaz recouvrant leur visage entier.

# 700 tonnes de cyanure de sodium dans la nature?

Le journal les "Nouvelles de Pékin" affirme, en citant des producteurs industriels, qu'au moins 700 tonnes de cyanure de sodium étaient entreposées sur le site de l'explosion. Des doses importantes de cette substance hautement toxique avaient été relevées dans les eaux usées des environs.

Cet article alarmiste n'était plus disponible vendredi sur l'internet chinois,ce qui avivait les spéculations et les critiques de la censure chinoise.

En se basant sur la station de contrôle de l’air de Tianjin, l’ONG Greenpeace évoque la présence de particules de cyanure de sodium, de diisocyanate de toluène, et de carbure de calcium, rapporte "Le Monde". Des éléments chimiques qui "constituent toutes une menace pour la santé humaine".

Selon Greenpeace, le cyanure de sodium est particulièrement toxique. Les deux autres éléments chimiques réagissent très violemment au contact avec l’eau, avec des risques d’explosion. "Une difficulté supplémentaire pour les pompiers", relève Greenpeace.

# La censure chinoise encore à l'oeuvre

La pénurie d'informations sur les explosions de Tianjin et d'éventuels rejets de composants toxiques provoque le scepticisme et la colère des internautes chinois... dont nombre de réactions sont promptement supprimées par les censeurs.

"A quoi bon faire une conférence de presse si vous ne savez même pas que des stocks de substances dangereuses doivent être entreposés loin des lieux d'habitation?", s'insurge un internaute rapporte l'AFP.

"Vous avez perdu toute crédibilité", fustige un autre usager de Weibo, la principale plateforme de microblogs de Chine.

Un autre message dénonce la censure généralisée :

Pourquoi la diffusion en direct [à la télévision, NDLR] de la conférence de presse s'est-elle interrompue brusquement quand une journaliste a demandé pourquoi 700 tonnes de produits hautement toxiques et inflammables étaient stockées en centre-ville ?".

"Chaque fois qu'une catastrophe arrive en Chine, les médias d'Etat se répandent en articles sur les actes d'héroïsme des sauveteurs et l'émotion fait oublier les questions sur les origines du désastre", ironise le même microblog.

Le sort des pompiers décédés, souvent extrêmement jeunes, était également largement commenté. Des dizaines de pompiers, alertés pour un départ de feu, étaient sur place avant le début des déflagrations. Au moins douze d'entre eux y ont trouvé la mort.

"Pourquoi avoir laissé partir des pompiers jeunes et sans expérience?", se désoleun internaute.

Face au déluge de réactions négatives, les ciseaux de la censure s'activaient tous azimuts, selon Weiboscope, un logiciel des chercheurs de l'Université de Hong Kong recensant les messages de réseaux sociaux supprimés en Chine continentale.

Parmi les posts retirés jeudi ou vendredi par les censeurs : "Espérons que le gouvernement livrera la vérité", ou encore "On a l'impression de suffoquer rien qu'en voyant la vidéo [des explosions, NDLR]".

Source : tempsreel